Catégorie: Le classe...hic!

Le Mai Tai

Un après-midi de 1944, Victor Bergeron, derrière le bar du Trader Vic’s de Oakland, discute avec son barman : aujourd’hui, il créera le meilleur cocktail à base de rhum au monde. Rien de moins! Armé d’une bouteille de rhum jamaïcain J.Wray & Nephew de 17 ans, il mixe pour la première fois les ingrédients du futur cocktail signature du mouvement tiki : le jus d’une lime, un trait de sirop d’orgeat, un trait de sirop simple, une demi-once de curaçao orange pour deux onces de rhum sur glace concassée. Si on en croit les dires de Bergeron, c’est au moment où il versait le cocktail dans un old fashionned que deux amis de Tahiti entrèrent dans le restaurant. Ham et Carrie Guild s’installèrent au bar et Bergeron les invita illico à tester avec lui son invention. Ils burent chacun une lampée de cette nouveauté et Carrie s’exclama aussitôt : «Mai Tai Roa àe.» Bergeron lui demanda ce que cela voulait dire. «C’est exquis, incroyable.», répondit la jeune femme. «Et bien,» renchérit le propriétaire de Trader Vic’s, «c’est le nom du cocktail. Mai Tai!»

Voici la version que Victor Bergeron raconta devant les tribunaux afin de convaincre le jury qu’il était bel et bien le créateur du Mai Tai.

Bergeron ne s’est jamais caché du fait que c’est sa visite au Don the Beachcomber’s en 1937 qui lui inspira le concept du Trader Vic’s. C’est aussi lors de cette visite qu’il aurait savouré un cocktail signature de Donn, le Q.B. Cooler. Les ingrédients composant les deux recettes sont très différents : elles n’ont de commun que le rhum et la lime… et le goût! C’est sans doute pourquoi Beachcomber a accusé Trader Vic’s d’avoir «cloné» son cocktail.

classe-hic-2010-07bOn se souvient que Donn Beach ne divulguait ses recettes à personnes et prenait un malin plaisir à brouiller les pistes en changeant les étiquettes des bouteilles et en faisant lui-même des sirops maison. Plusieurs ont tenté de recréer ses recettes originales sans très bien y parvenir. Alors, est-ce que Victor Bergeron se serait, lui aussi, prêté au jeu? Probablement. Est-ce que le Mai Tai est le résultat de tel exercice de reconstitution? Peut-être, peut-être pas. Une chose est certaine : Bergeron avait sans doute fait d’autres essais avant d’en arriver à cette version du Mai Tai et, même si le cocktail se voulait de prime abord une reconstitution du cooler de Donn, il est malgré tout un cocktail original portant la signature Trader Vic’s.

Le Mai Tai détrône rapidement le Zombie au titre de «roi des cocktails tiki». Il faut dire que, contrairement à Donn Beach, Bergeron utilise des rhums doux en quantité moindre. Ses breuvages exotiques étant plus accessibles, il attire une clientèle plus vaste au palais un peu moins entraîné… aux abus (on se souvient qu’un verre de Zombie contient 4 onces de rhum). Si Donn Beach s’est éteint en emportant avec lui les secrets de ses cocktails légendaires, Victor Bergeron, a, pour sa part, décidé de les partager en publiant quelques livres et en commercialisant des préparations Trader Vic’s.

Un Mai Tai est un cocktail somme toute malléable et il est aisé de l’ajuster aux différents caprices de nos palais. Personnellement, je ne suis pas sans aimer le caractère que lui octroie l’ajout d’un rhum agricole des caraïbes. Mai Tai Roa àe!

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Ce billet a été publié le 1 juillet 2010 à 3:59
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