Catégorie: Le bec verseur

La larme du Moaï

La Polynésie, signifiant «plusieurs îles», est constituée d’archipels tous situés dans un immense triangle imaginaire allant de la Nouvelle-Zélande à Hawaï jusqu’à l’île de Pâques, l’un des grands ensembles formant l’Océanie.

Les origines du peuplement de ces îles sont encore discutées aujourd’hui et se sont avérées être un casse-tête pour bon nombre de linguistes, d’ethnologues et de généticiens.

Chose certaine : la culture, les symboles, les danses et mythologies de ces îles ont su faire rêver. On y découvre un exotisme qui a profondément marqué la culture occidentale.

À Pâques, en 1722, Jakob Roggeveen découvre une île peuplée par une des sociétés les plus énigmatiques de toute l’histoire de l’humanité. Rapa Nui, désigne le nom de la langue parlée par les autochtones de l’Île de Pâques; c’est aujourd’hui comment on désigne ce peuple. L’origine des Rapanuis s’avère être un des nombreux points sur lesquels les experts n’arrivent pas à s’entendre. Les linguistes affirment que l’île de Rapa Nui aurait été peuplée par des Polynésiens, à une époque où certaines de ces cultures en étaient à explorer d’autres îles. Thor Heyerdahl , dans son ouvrage Kon Tiki, préfère croire que ce sont des indigènes américains qui auraient peuplé l’île. D’autres encore émettent des théories selon lesquelles plusieurs vagues successives d’immigrants l’auraient peuplée. Nous n’essaierons pas de régler des décennies de tergiversations; tout au plus souhaitons-nous vous offrir un peu de mystère à contempler le temps d’un bon Mai Tai.

bec-verseur-2010-07bCe que Roggeveen a découvert n’était pas un paradis perdu. Le peuple Rapanui était déjà dans une ère de décadence les ayant mené, entre autres choses, au cannibalisme. C’est qu’en relativement peu de temps, les Rapanuis ont transformé une île subtropicale à la végétation luxuriante en atoll complètement dépourvu de forêt. Certains croient que les arbres servaient au transport des Moaïs, ces statues qui ont rendu l’île si célèbre. Pesant plusieurs dizaines de tonnes, chacune d’entre elles aurait demandé énormément de ressources naturelles et d’énergie afin d’être mise en places. Tant et si bien que ce qui devait être une façon d’honorer leurs ancêtres s’est avéré être, pour les Rapanuis, un moyen de se priver de leur avenir. Sans arbres, les terres de l’île s’étaient considérablement érodées et plusieurs espèces d’oiseaux, pourtant un emblème culturel central, auraient disparues, privées d’habitat. La société Rapanui, que l’on croit avoir été très bien organisée, aurait éclaté en bandes tribales, établissant des compétitions pour décider qui serait au pouvoir. On parle de la compétition de l’homme oiseau comme l’une des ultimes tentatives de contrer l’anarchie sociale dans l’île.

L’arrivée des Européens, loin d’être salvatrice, n’a fait qu’accélérer la perte des Rapanuis. La syphilis, transmise par les voyageurs, a décimé une grande partie des habitants. De plus, lors de raids, on procéda à l’enlèvement d’une quantité massive de Rapanuis pour les envoyer en tant qu’esclaves dans les mines de guano. Des années plus tard, les quelques membres de cette diaspora à revoir leur terre natale ramenaient avec eux d’autres maladies. Ceci continua tant et si bien qu’en 1876, il ne restait plus que 111 Rapanuis sur toute l’Île de Pâques.

De nos jours, 4000 personnes — et plus de 2000 chevaux — peuplent l’Île de Pâques, officiellement annexée au Chili. 60% sont de descendance Rapanui. Ils se font un devoir de préserver et de défendre les restes de leur culture, tentant d’apporter quelques changements à la constitution chilienne afin d’avoir de plus grands pouvoirs en ce qui a trait au destin de leur île.

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Ce billet a été publié le 1 juillet 2010 à 4:01
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