On dit de la Nouvelle-Orléans qu’elle a vu naître sur son territoire le premier cocktail. Si le mouvement «tiki» a, pour sa part, vu le jour en Californie, son guru, lui aussi, poussa
ses premiers cris à la «Big Easy». Donn Beach, né Ernest Raymond Baumont-Gantt, est considéré comme étant le père du faux-polynésien. Excentrique visionnaire, il était tout naturel de lui réserver un minimum de lignes dans cette édition spéciale.
Après avoir parcouru le monde et oeuvré dans le domaine de la contrebande d’alcool pendant la prohibition, le jeune Baumont-Gantt atterrit à Hollywood, la cité des anges.
Même s’il n’a pas le moindre sou en poche, son charisme légendaire lui ouvre les portes d’un petit local dans lequel il établira le premier établissement de «Don the Beachcomber» en 1934. Les cocktails de la carte, comme le Singapore Sling, sont inspirés de ses voyages et le rhum y est à l’honneur. Une question de goût? Pas vraiment…
Dans une Amérique au lendemain de la prohibition, bon nombre de trafiquants d’alcool sont aux prises avec un surplus de stock. C’est en outre le cas des «Rum Runners
»; un baril de rhum est donc ce qu’il y a de plus abordable sur le marché. Récapitulons
: cocktails à base de rhum et décoration
exotique (plusieurs des éléments du décor étaient des souvenirs de voyage de Donn) : mais qu’en est-il de la nourriture? À cette époque où il est à nouveau légal de consommer et de servir de l’alcool, il n’est toutefois pas possible
de le faire sans accompagner la consommation d’un repas. Donn ne connaît rien en cuisine : c’est en effectuant des emplettes à l’épicerie
chinoise du quartier que son problème de cuisinier se résout. En effet, le cousin de l’épicier, un cuistot en recherche d’emploi,
se chargera de l’élément «nourriture». Donn installe un coin-cuisine, juste assez grand pour contenir un wok et son manipulateur,
et fixe les prix des cocktails assez bas, afin que la clientèle féminine arrive à se les payer : en attirant les femmes, il attirera
les hommes!
Le boui-boui exotique de 25 places connaît un succès immédiat! Il faut y faire la file pendant souvent plus d’une heure avant de tenir enfin un Zombie ou un Missionnary’s Downfall entre ses mains. L’endroit est fréquenté
par plusieurs vedettes de l’époque : il n’est pas rare de voir à son bar Charlie Chaplin, Buster Keaton, Orson Welles et Rita Hayworth. Les cocktails classiques, Martini et compagnie, sont préparés devant le client. En ce qui a trait aux concoctions maison à base de rhum, elles sont savamment
agencées en cuisine, à l’abri des regards,
par les «Four Boys». Ces quatre garçons
travaillant dans l’ombre sont de jeunes bartenders originaires des Philippines. Le seul cocktail préparé par Donn, véritable «showman», est le «Don the Beachcomber’s
Coffee Grog», une mixture élaborée et flambée, un breuvage
spectacle aussi haut en couleur que son créateur.
Donn a voulu attiré les femmes, et les femmes
sont venues. Une d’entre elles, Irene «Sunny» Sund, totalement sous le charme de ce cabanon, emprunte pour se payer la place de présidente de Don the Beachcomber’s,
Inc. Et, totalement sous le charme de son propriétaire, l’épouse. À cette époque, Baumont-Gannt a finalement laissé tomber
son nom de baptême au profit de son pseudonyme. Ils prennent possession d’un local spacieux tout près et déménagent l’entreprise au 1727 McCadden Place. On y compte dorénavant 80 places, une boutique-
cadeau, une épicerie chinoise, un entrepôt
de rhum et un fleuriste. La popularité toujours croissante du restaurant les force rapidement à fermer l’épicerie et le fleuriste;
on ajoute de nouvelles tables et les «Four Boys» deviennent les «Seven».
En 1940, Sunny et Donn se séparent et ce dernier quitte la côte ouest pour Chicago où il ouvre une deuxième succursale de Don the Beachcomber : le palace Polynésien ouvrira un 1er mai, en pleine tempête de neige! Il y travaillera jusqu’en 1942, année où il sert sur le front italien à titre de colonel.
À son retour, il réalise que la franchise, toujours dirigée par son ex-femme, ne l’a pas attendu pour prendre de l’expansion : 16 nouveaux Beachcomber’s ont ouvert leurs portes un peu partout aux États-Unis. Désirant être davantage que l’image d’une marque, et puisque Sunny possédait tous les droits sur le nom «Don the Beachcomber», Donn s’exile à Hawaii.
Il ouvrira un nouveau restaurant à Waikiki et entreprendra un véritable projet d’envergure : la construction d’un village Tiki. Après quelques problèmes légaux, naît enfin le «International Market Place» : un complexe comptant une cinquantaine de magasins, boîtes de nuit et restaurants – dont trois sont dirigés par Donn. Des trois, c’est sans doute le «Donn’s Treehouse» qui est le plus intéressant : la petite maison de bois juchée dans un arbre compte… une table. Sur l’affiche, se trouvant devant l’échelle menant à la cabane, on peut lire : «Stairway to the world’s most exclusive resturant, created for those in love with love. Capacity : two.» Totalement représentatif
de la philosophie se trouvant derrière chacun des complexes créés par le père du mouvement tiki pour qui un restaurant devait
toujours offrir plus que de la nourriture, le Treehouse est une occasion de s’évader du quotidien et du monde moderne.
Donn Beach meurt en 1989, à l’âge de 81 ans. Il aura participé à l’ouverture de 84 bars et restaurants.
On dit de la Nouvelle-Orléans qu’elle a vu naître sur son territoire le premier cocktail. Si le mouvement «tiki» a, pour sa part, vu le jour en Californie, son guru, lui aussi, poussa ses premiers cris à la «Big Easy». Donn Beach, né Ernest Raymond Baumont-Gantt, est considéré comme étant le père du faux-polynésien. Excentrique visionnaire, il était tout naturel de lui réserver un minimum de lignes dans cette édition spéciale. EN SAVOIR PLUS…