Grand mal-aimé du monde des cocktails, le Zombie a longtemps été boudé par les Embury et autres «cocktailians» de ce monde.
Est-ce à dire que cette mixture,
pourtant connue de tous, ne soit pas de la trempe des grands classiques présentés dans les pages de nos meilleurs bouquins?
Inventé au début des années 1930 par Donn Beach dans son célèbre «tiki-shack» de Hollywood,
le Zombie a rapidement
été popularisé d’une part par la presse écrite et, d’autre part, à l’Exposition Universelle
de New York (1939-40), où le cocktail enchante/engourdi les foules. Le secret du Zombie?…
…demeure un secret!
C’est que Donn prend un soin bien particulier à ne divulguer rien de l’anatomie de son «bébé». 1. Le client qui commande un Zombie au bar n’aura pas la chance de voir son cocktail prendre vie : c’est en cuisine, à l’abri des regards curieux, qu’un bartender
minutieux, pareil au Dr Frankenstein, assemble les parties de ce monstre de mixture.
2. Même ses acolytes barmen ne connaissent pas tout des mystères du cocktail vedette de Donn -
qu’ils font pourtant en quantité herculéenne. Le Grand Manitou Tiki prend bien soin de brouiller les pistes en utilisant dans sa recette des ingrédients tels que le «Don’s mix», «Spices #2» et le «Sirop Parisienne
» dont il est, évidemment, le seul à détenir la composition.
Certaines rumeurs veulent que Donn ait créé le Zombie pour un client ayant désespérément besoin d’un remontant. Donn prépara du coup cet amalgame
de rhums. Le client, aux anges, en but pas moins de trois avant de quitter «le trou le plus populaire de Hollywood». Il revint, quelques jours plus tard, racontant
que la trouvaille de Donn l’avait transformé
en zombie! Cependant, dans le menu de Don the Beachcomber de 1940, Donn lui-même écrit : «Le Zombie est le résultat d’un long et dispendieux processus. Au court des nombreuses expérimentations
qui menèrent au Zombie, l’équivalent de 3 caisses et demi de différents rhums a coulé afin que vous soyez aujourd’hui en mesure de déguster ce puissant assemblage de rêves brisés.»
Donc, perdu à jamais, la recette du Zombie de Donn Beach? Pas vraiment, et ça, c’est surtout grâce à la persévérance et la passion d’un certain Jeff «Beachbum
» Berry, auteur de plusieurs livres portant sur les cocktails tikis, véritable archéologue du faux-polynésien. Berry a retracé certains bartenders (ou leurs enfants) ayant oeuvré dans la cuisine miracle
de Don the Beachcomber à la belle époque et, de recettes en souvenirs, a réussi à enfin mettre la main sur les secrets du Zombie original.
«Les» secrets en effet : Berry mentionne trois recettes,
toutes différentes, toutes, semble-t-il, signées Donn Beach. La première, parue en 1950 dans le livre
«Barbecue Chef» de Louis Spievak, contient neuf ingrédients : sept d’entre eux sont mesurés à une once. La deuxième, d’une complexité supérieure,
est publiée dans la revue «Cabaret» en 1956. Des onze ingrédients qui la composent, neuf sont utilisés en quantité différente : un casse-tête même pour le meilleur bartender! Dans ce cocktail fruité et savoureux, quatre onces d’alcool sont adroitement
camouflées. Le mot de l’éditeur de Cabaret allait
comme suit : «Sirotez les yeux mi-clos. Répétez jusqu’à l’obtention de l’effet désiré.» La troisième et dernière serait, en fait, la première : l’original Zombie
de 1934! Un tantinet moins alambiquée que la version de 1956, des neuf ingrédients qui la composent,
quatre onces de rhum ont la vedette.
On sait que Donn avait tendance à toujours améliorer
ses recettes : la version 1956 serait, en effet,
la suite «logique» du Zombie original. Quant à la recette recensée par Spievak portant, elle aussi, la signature de Donn Beach, elle aurait été simplifiée
par son créateur pour l’usage à domicile. Même
«simplifié», ce Zombie possède beaucoup plus de corps que les variations grotesques et réductrices
auxquelles on nous a habituées.
À l’époque, alors que le mouvement tiki vivait son âge d’or, chez Don the Beachcomber, pour des raisons
plus qu’évidentes, on ne servait jamais plus de deux Zombies à un même client. C’est que le monstre
cocktail est un brin pernicieux et, à voir l’état dans lequel il laisse son consommateur, on pourrait volontiers croire qu’il se nourrit de cerveau.
Grand mal-aimé du monde des cocktails, le Zombie a longtemps été boudé par les Embury et autres «cocktailians» de ce monde. Est-ce à dire que cette mixture, pourtant connue de tous, ne soit pas de la trempe des grands classiques présentés dans les pages de nos meilleurs bouquins?
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